Briser le quatrième mur, Rendez-vous au MRAC à Sérignan
- Auré

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Jean Biche et Sara Forever dans le “Le cours des choses”, par Brice Dellsperger
MUSÉE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN, MRAC Sérignan
du 18 avril au 30 août 2026

Installation de Brice Dellsperger
Nous avons eu le plaisir de découvrir la nouvelle exposition du Musée Régional d’Art Contemporain lors de la journée presse, pour laquelle nous remercions vivement l’équipe du musée et les artistes.
Briser le quatrième mur
Une expression communément employée pour désigner cet instant lors duquel le sujet à l’image franchit la barrière pour se rapprocher du spectateur. Un acte déroutant et presque interdit. Pourtant avec cette double exposition, il y a un tabou audiovisuel qui se rompt. Comme une autopsie du petit et du grand écran.
Jean Biche et Sara Forever dans “Le cours des choses”, par Brice Dellsperger
Oeuvre tirée de la série : Body Double
Intrusion feutrée de rouge dans la sombre salle tendue d’écrans de soie. Des scènes aux couleurs d’une autre décennie teintent les lumières des projos vidéos. Brushings hauts, lèvres tracées au fil, épaulettes fuselées, deux silhouettes se disputent avec autant de burlesque que de ferveur. Un vase traverse l’image, un ralenti captive notre regard sur un écran, puis un son interrompt notre émotion pour ramener nos yeux vers un autre écran.
Nous sommes chez les Carrington (ndlr : ici, la série télévisée américaine Dynasty 1981-1989, sert de terreau à l’artiste), mais ce serait bien réducteur de penser qu’il s’agit uniquement d’un bel hommage esthétique et sulfureux à la gloire des années 80.

Il se joue une drôle de partition technique dans cette parade
Le jeu : drôle, envoûtant. Les mises en beauté : au diapason. Mais la beauté s’est incrustée dans des supports plus poreux encore. L’artiste s’est joué des grains, des textures, des étalonnages, comme un skieur de haut rang sur une piste noire. Là où régentent des normes rigides qui fluctuent seulement avec les tendances ou les avancées technologiques, Brice Dellsperger s’amuse d’oscillations entre des blancs cramés, du bruit, et une netteté agressive. Quand un plan est poétique, rond, chaud, il devient soudain clair, clinique. Et c’est ce chemin proposé aux yeux, que l’on retrouve porté à nos oreilles.

Poulette découvre l'installation lors de la journée-presse
Une espèce de monotonie dans les jérémiades de ces deux fichues mégères (tirage de cheveux à l’appui !) est brisée par un son clair, désynchronisé, qui vient nous sortir d’une bulle dont on pensait en avoir compris la fréquence. Et c’est cette lancinante dichotomie qui vient récupérer le spectateur par un bras quand il ne s’y attend pas.
Le travail de Brice Dellsperger s’articule à travers une série nommée Body Double, en référence au film de Brian De Palma. Dans l’oeuvre de Brice, le genre devient pinceau. Cette installation, jalouse, souligne une pratique commune au cinéma : quand une scène d’action est intense, les actrices sont remplacées par des “doublures corps” masculines. Comme ce fut le cas pour cette scène de dispute originale dans Dynasty. Une identité pour une autre, dans les corps ainsi que dans la technologie employée. La sensibilité de l’image VHS est recréée grâce aux pellicules. L'image se construit pour mieux être détruite. Un jeu de piste où chaque signal est introduit pour nous perdre, nous faire penser et repenser.
Tout ceci pour les beaux yeux d’un Blake Carrington qui est passé par la fenêtre, afin de mieux nous surprendre dans l’ombre de la scène, et de sa gloire passée !
À retrouver dans la salle des arts graphiques :
Huz & Bosshard 10 ans de collaboration avec le MRAC
Enfin, terminez votre visite sous les regards de Philippe Decrauzat
À découvrir : Musée Régional d'Art Contemporain, MRAC Sérignan, jusqu'au 30 août 2026.
Poulette souhaite remercier les équipes du MRAC
AURÉ


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