Journal des Mines : Elie Monferier, Photographe
- Auré

- 1 déc. 2025
- 4 min de lecture
Au détour d'une visite à l'Espace Saint Ravy, lors d'une escapade Ailes Occitane à Montpellier, nous avons eu le plaisir d'admirer l'exposition "Journal des Mines".
Elie Monférier, Artiste de la mémoire
Force et délicatesse, deux mots qui peuvent sembler peu pertinents dans une ère de surconnexion digitale et de déconnexion aux racines. Cette identité s’impose face à ce projet hors du temps. Une passerelle entre la force de la forme, de grandes plaques d’acier que l’on pourrait croire rouillées, et la délicatesse à laquelle le regard se heurte après quelques pas, piqués par notre curiosité pour des tons ocres, chaleureux, vibrants.
Nous vous proposons ces quelques mots sur l’expérience d’un récit mêlant art et histoire, dans ce que nous avons de plus intime : notre région.
Ici, ces oeuvres hautement graphiques, sont le résultat sans concession d’une démarche authentique. À travers un périple dans l’arrière pays Ariégeois, Elie s’est confronté dans le froid automnal et la rudesse des montagnes, au passé oublié d’une communauté rappelant le mythe de l’Atlantide. Dans les mines abandonnées, la nature se répand, ne laissant entrevoir qu’une fraction de ce qu’était le coeur d’une exploitation centrale au développement du continent.
Une époque qui donnait la part belle aux valeurs humaines face à la rudesse de son environnement. Dans les décombres assaillis par la neige et les branches, quelques photos, un sentiment de déjà vu. Celui de nos ancêtres aux habits de toile, avec pour accessoires, leurs outils de travail. Ils posent dans les chemins du village. Un instant que l’artiste s’est appliqué à faire renaître des cendres, par l’acide coulé sur l’acier. Car au delà des impressions UV de ces photographies de métal, un travail presque pictural émerge.
Les tons chatoyants rappellent l’arrivée d’un automne dans les vignes, Elie, présent lors de notre visite, nous raconte son immersion dans les mines et la peinture de ces photos. Pas de pigments aux accents occitans, seul un liquide rudimentaire et industriel pour graver « l’oubliable ». C’est une voix à l’Histoire, un encrage plus profond des tirages reliquats au mont des quelques 2000 mètres d’altitude.
Par sa vision claire, l’artiste partage en nuances chaque détail : des toits de tôle, aux murs de pierres des Pyrénées, des épaisses moustaches sous les chapeaux feutrés aux sacs de minerais et charbons sous les pieds des mineurs. Alors qu’il y a quelques minutes encore, seul l’attrait des plaques aux allures contemporaines nous interpellait, voici qu’une image nous offre l’angle d’Elie et de ces montagnards… Sous un ciel coulant qui rappelle les marques du temps en sténopé, deux flancs forment un sillon, au creux duquel la pente empruntée par les wagons miniers se dessine bordée de grandes façades rectilignes. Légèrement excentré, au premier plan, des silhouettes noires semblent faire face à ce spectacle emprunts de gravité sous les marques de l’acide.
Pourtant, l’activité des mines était saisonnière, ne pouvant braver plus que de raison l’hostilité du territoire. Mais c’est là que le médium prend un sens cristallin. L’acide ajoute une gravité, une corrosion formelle de ces instants fragiles et verdoyants. Aux oublis les pâturages et autres cimes, quand les plaques portent la marque ruisselante des encres de l’artiste. Entre un chaos poétiquement orchestré dans les surfaces planes, offrant la liberté qu’on ressent dans les grands espaces, et la finesse chirurgicale qu’emprunte la minuties de ces scènes gravées aux UV.
Œil nostalgique, sans nul doute, profondément au service de son ère. Elie Monferier ne donne pas d’images digérées, il invite à la vie, à la lecture, au souvenir de cette expérience aux frontières de l’archéologie. Il fraie son propre chemin, comme les miniers en leur temps mais à une moindre mesure nous dirait il probablement, Elie façonne son témoignage de vie. Entre livres d’art (objets d’art) à la couverture de cuivre gravée et aux pages impeccablement reliées, les photographies encrées n’en sont pas.
Un livre se lit. Pas ici. Une fois encore, le livre se vit. Alors que chaque page souligne de noir les vestiges des mines, un ciel de gris moucheté se profile. De nouveau, le support révèle une perception profonde de ce chapitre pour l’artiste. Si les mineurs affrontaient la montagne sous un printemps clément, il est important de rappeler que le Photographe, quant à lui, a abordé ce climat sous les rafales glaçantes du début d’hiver.
Entre chacune de ses pages, un récit d’antan se devine. La subtilité du raffinement, la volonté de l’immersion. L’artiste a caché à la vue de tous, entre ces feuilles de papier recyclé, les photographies originales des mines. Couchées sous nos yeux, les clichés de son aventure offrent la vision contemporaine du hameau, tandis que sous nos doigts, les visages des miniers tournent le dos au présent construit contre leur passé.

Ces ciels effroyables, cette noirceur palpable, ce danger pressentit malgré les visages amicaux au détour des feuillages, c’est le fruit de l’expérience de l’artiste. Cette empreinte marquée par les ciels blanchis, tâchés de gouttes frappant les quelques débris encore présents entre les armatures d’acier… Quelques images partagées sous la forme d’un film cette fois, font part de cette immersion dans notre temps en ces lieux.
La mine de Bulard trouve un souffle et un recueil dans l’œuvre d’Elie Monferier, artiste visuel complet. Alors que notre époque enjoint chacun d’hurler à la reconnaissance, l’artiste console une mémoire trop souvent délaissée. Merci pour ces témoignages, cet écho à nos richesses et la lumière sur un temps qui est toujours nôtre.
« On trouve toujours ce qui conforte l’espoir et, au bout, ce qui le réduit à néant »
AURE














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